L'historique

Si, dès 1932, un premier avion, piloté par Eugène Vallet, se pose dans la vaste plaine qui s'étend à l'époque entre le village d'Arbent et Oyonnax ce n'est qu'en 1961 que fut créé l'aérodrome tel que nous le connaissons aujourd'hui. Cet équipement remarquable est le fruit d'une décision de Monsieur Léon Emin, grand industriel, visionnaire et entreprenant, qui fut maire d'Oyonnax de 1959 à 1977. L'aérodrome participa sans conteste au développement et au rayonnement industriel de la vallée. Il est aujourd'hui menacé.

Cette menace de voir disparaître l'aérodrome, et avec lui le dernier espace vert entre Oyonnax et Arbent n'est pas nouvelle ! En octobre 2004, déjà, Mr. Cracchiolo, Président de la Communauté de Commune de l'époque, entouré du maire d'Oyonnax, Monsieur Gobet, et de Madame la maire d'Arbent, Madame Maissiat, demandait aux responsables de l'aéroclub de quitter cette plateforme au plus vite :

"Pour conclure cet échange, Monsieur Cracchiolo rappelle que le bureau de la Communauté de Commune d'Oyonnax a pour objectif de récupérer les terrains à terme. La ville d'Oyonnax va donc s'engager dans un processus juridique visant à la résiliation de la convention en cours."

(Compte rendu de la réunion à la CCO le 15 octobre 2004)

Lors de l'établissement du PLU en 2007 plusieurs personnes et associations s'élevaient devant le classement de cette zone en " zone d'activité à long terme ", mais le commissaire enquêteur de l'époque ne retenait pas les arguments évoqués par ces opposants. Nul doute que, si Monsieur Cracchiolo avait été élu à la mairie d'Oyonnax en 2008, la convention d'exploitation de l'aérodrome aurait été immédiatement dénoncée. Il fut battu lors de ces élections et le maire élu, Monsieur Perraud, n'étant pas favorable à cette dénonciation, l'aérodrome put continuer à fonctionner normalement.

En 2016 un "Schéma de Cohérence Territoriale" (SCoT) fut élaboré par la CCHB (ex-CCO, élargie). Comme le PLU de 2007 ce SCoT classait de nouveau la zone en " zone d'activité à long terme ". Une fois encore des personnes privées et des associations s'élevaient devant ce classement. L'aéroclub, en particulier, fournissait au Commissaire Enquêteur un dossier très documenté de 12 pages. A la différence de 2007 le Commissaire Enquêteur prit acte de ces arguments et écrivit dans ses conclusions :

"Considérant que l'aérodrome constitue un atout pour la CCHB et en tous cas un équipement devant figurer dans le diagnostic territorial, J'émets un avis FAVORABLE au projet d'enquête public tel que présenté à l'enquête publique avec la RESERVE suivante : Faire figurer dans le rapport de présentation l'aérodrome comme un équipement existant du territoire ET ne pas retenir la zone d'activité de 38 ha sur l'aérodrome comme une prescription (P47 du DOO).

Fait à Culoz, le 15 février 2017

Didier ALLAMANNO

Commissaire enquêteur"

(Extrait des conclusions du commissaire enquêteur du SCoT en date du 15 février 2017, page 9)

Faisant fi de cette "réserve", juridiquement plus contraignante qu'une simple "recommandation", le SCoT fut néanmoins voté en l'état par les élus de la CCHB début 2018. La Préfecture de l'Ain demanda alors à HBA de faire figurer l'aérodrome dans le SCoT comme le préconisait le commissaire enquêteur. Le maire d'Oyonnax fit alors voter par son conseil municipal la dénonciation de la Convention d'exploitation de l'aérodrome en septembre 2018 (Voir délibération du 24 septembre 2018, page 15) :

Cette dénonciation implique l'arrêt des activités aéronautiques dès janvier 2024.

Dans la continuité du SCoT les élus de Haut Bugey Agglomération (HBA ayant remplacé l'entité CCHB) ont une fois de plus classé la zone en " zone d'activité à long terme " lorsqu'ils ont élaboré le PLUiH en 2019. De nouveau le Commissaire Enquêteur a pris en compte les arguments évoqués par les opposants à ce classement et a émis une recommandation :

"La commission d'enquête estime que la suppression de l'aérodrome présente, à n'en pas douter, un caractère irréversible qui privera le territoire d'un équipement stratégique, structurant. La démonstration du manque d'espaces concernant les activités économiques n'est pas convaincante. La commission d'enquête recommande de sursoir aux dispositions relatives au classement de la zone en 2AUx, et de mener une nouvelle réflexion dans le cadre de la révision du SCoT du Haut-Bugey et de réétudier l'opportunité de maintenir ou pas le site de l'aérodrome"(Extrait des conclusions commission d'enquête PLUiH 2019, page 13)

En octobre 2019, avant que ne soit voté ce PLUiH, un ensemble de personnes, représentant différentes associations ou à titre individuel, créait le "Collectif du Poumon Vert Oyonnax-Arbent" ayant pour objet la sauvegarde de l'aérodrome et la valorisation de la zone verte environnante. Le 12 décembre 2019 des représentants de ce Collectif rencontraient le Président de HBA, accompagné de Madame la maire d'Arbent et du représentant de Monsieur le maire d'Oyonnax, et exposaient à ces élus l'essentiel de leurs arguments. A l'issue de cette réunion le Président de HBA acceptait que soit réexaminé l'avenir de cette zone dans le cadre du futur SCoT, comme le recommandait la commission d'enquête. Le PLUiH fut voté le 19 décembre, assorti de la proposition du Président de HBA.

A ce jour, certains élus ont exprimé une opinion très fermée et se sont arcboutés sur des positions anciennes et dépassées, faisant fi de toutes considérations environnementales, de l'importance du cadre de vie des habitants pour l'attractivité de la vallée, et n'hésitant pas à risquer d'hypothéquer l'avenir en détruisant de manière irréversible un atout, comme l'ont redouté les commissaires enquêteurs.

D'autres candidats se sont montrés ouverts aux discussions et aux propositions qui pourront être faites.

D'autres enfin ont exprimé un soutien à la valorisation de la zone verte et au maintien de l'aérodrome, non seulement pour le riche passé historique que représente cet équipement mais surtout pour le potentiel qu'il représente et pour le bien des générations futures qui pourront bénéficier encore de cet espace vert.

L'avenir de cette zone dépendra de la force de conviction des membres du Collectif, des propositions qu'ils pourront élaborer, et des nombreux soutiens qui se sont déjà manifestés pour cette sauvegarde ; mais aussi, et surtout, des élus au sein des municipalités qui constituent HBA, de leur capacité d'écoute et de leur volonté à ouvrir de réelles perspectives d'avenir comme le fit, en son temps, Léon Emin.